Extrait sur l’ Evolutions structurelles dans le gouvernement en place, leurs perspectives et notre position

Cela fait plus d’un an que les conservateurs fondamentalistes ont usurpé le pouvoir. Les choix politiques, économiques et sociaux de ce courant ont déclenché des processus qui impliquent des défis et des changements pour l’avenir politique du pays. Pour comprendre ces processus, qui vont déterminer le cours des événements à venir, il est important de bien connaître la nature et les tendances de ce courant fondamentaliste ainsi que sa place dans la République islamique en tant que système gouvernemental basé sur la « prééminence du Guide Suprême » (Velayat Faghi). C’est à l’analyse de ce courant que nous nous intéressons dans cette déclaration, car c’est elle qui doit nous guider dans nos conclusions sur l’orientation des changements éventuels du pays. 

Ce qui s’est passé en juillet 2005 

Par leur victoire aux dernières élections présidentielles, les conservateurs extrémistes ont obtenu le maillon manquant à la chaîne de leur pouvoir absolu. En effet, avant même leur mainmise sur le parlement en février 2003, ils tenaient déjà les rênes du pouvoir législatif, sans parler de leurs liens privilégiés avec le Guide Suprême (Ali Khamenei). Le courant de ces conservateurs extrémistes, qui attaquaient constamment le camp des réformateurs en provoquant des crises qu’ils exploitaient à leur avantage, avait misé tous ses moyens financiers et tous ses appuis politiques et militaires pour obtenir le pouvoir absolu dans tous les domaines. Ce courant a su profiter de la politique stérile et passive des réformateurs pour changer le cours des événements dans le sens qu’il voulait et marquer sa victoire en refermant le dossier de leurs réformes infructueuses.[…] 
L’événement du juillet 2005 a prouvé que toute évolution politique dans notre pays doit poursuivre un double objectif : 
- le changement structurel de ce pouvoir religieux, qui est basé sur le principe de « la prééminence du Guide suprême », 
- la satisfaction des revendications économiques et sociales des couches modestes et travailleuses. 
Cet événement a également montré que l’exigence de démocratie comme slogan ne peut manifester sa force mobilisatrice et sa portée sociale qu’à condition d’être accompagnée d’un programme concret en matière de justice sociale.[…] 

Evolution dans la structure du pouvoir 

C’est au soutien du Guide suprême (Ali Khamenei) que le courant des conservateurs fondamentalistes doit sa conquête totale du pouvoir exécutif. Au cours de ces années « prééminence » (Velayat Faghih),Mr.Khamenei s’est appuyé, progressivement et en toute légalité, sur les forces militaires et sécuritaires ainsi que sur divers groupes de pression. L’armée, la milice et les « Gardiens de la République» se sont non seulement transformés en forces économiques, mais encore installés dans les institutions politiques. Ils ne sont plus de simples outils d’exécution ou d’_expression pour le gouvernement, mais des partenaires politiques à part entière, même si les religieux détiennent la suprématie. Toutes ces machinations visaient à préserver la nature théocratique du pouvoir politique, et à renforcer la forteresse d’un Etat religieux contre les attaques de la société civile. […] 

Les caractéristiques du courant des conservateurs fondamentalistes 

Le courant qui domine le gouvernement et le parlement est un courant totalitaire ayant pour objectif le renforcement systématique du totalitarisme de la République islamique afin d’en faire un Etat totalitaire par excellence. Par sa politique sociale, ce courant se rattache à la droite et, sur le plan idéologique, c’est un courant chiite fondamentaliste. Il est fortement étatiste, et considère l’Etat comme « un guide » ayant tout pouvoir sur le peuple qui n’a d’autre rôle à jouer que d’obéir à ses ordres. Tout en apportant de l’eau au moulin du capitalisme, il se déclare très antilibéral. Un courant gardien du capitalisme mais refusant en même temps les conséquences socio-culturelles de sa politique économique. Un courant totalitaire qui n’admet pas le pluralisme même au sein de son propre camp. Un courant qui n’accorde aucun prix aux votes des citoyens, et pour qui les élections ne sont qu’un outil pour accéder au pouvoir, la religion étant à ses yeux le seul critère de légitimité du régime, et le « guide suprême » étant à son tour celui du corps religieux. En cela, ils se définissent comme les vrais héritiers de l’enseignement de Khomeini. C’est un courant hégémoniste animé par la guerre sainte, la violence et la suppression des ennemis. Il est contre les institutions civiles et cherche à les faire disparaître,ou du moins à les dominer. Il veut une société populaire afin de poursuivre sa politique populiste tout en faisant croire être proche du peuple et le sauveur des « déshérités musulmans». 
Le regard de ce gouvernement sur la politique extérieure et intérieure est un regard autoritaire. Son but est la restriction des libertés individuelles ou sociales : fermetures de lieux de rencontre publics, interdictions des journaux et des revues, poursuite et arrestation des journalistes et des intellectuels, filtrage des sites Internet, répression des mouvements d’étudiants, de femmes, d’ouvriers. La répression violente des manifestations des femmes, du mouvement syndical des ouvriers du Réseau du Transport de la ville de Téhéran (Shérkaté Vahéde), et du mouvement de la minorité ethnique de l’Azérbaidjan, montrent le visage anti-démocratique de ce courant, qui qualifie tout mouvement social de complot fomenté par « les pays étrangers ». 
Ce courant n’est pas issu d’un mouvement social. Pourtant, fort de ses ressources financières, il essaie de tromper le peuple démuni et dans le désarroi avec des aumônes ou d’autres formes de petites aides sociales pour en faire sa base sociale. […] 
En politique étrangère, ce gouvernement abandonne de plus en plus la diplomatie « idéologico-nationale » de la République islamique au profit d’une attaque idéologique, dont la théorie et le nerf sont les complots politiques. Il cherche des tensions, des confrontations, et des crises diplomatiques, tente de s’imposer par la force et la violence, et mise sur l’hostilité des pays musulmans contre Israël et le gouvernement de Bush. Le rattachement de la sécurité de la région à celle de la République islamique est un autre aspect de sa politique étrangère actuelle, qui est applaudie par Ahmadinejad et soutenue par Khamenei. […] 

Les principaux défis du gouvernement des conservateurs extrémistes 

La situation de ce courant au pouvoir et, dans une large mesure, celle aussi de la République islamique dépendent de l’issue de la crise nucléaire. Doter la République islamique de la technologie nucléaire et avoir le moyen potentiel ou effectif de se procurer l’arme nucléaire, et entrer ainsi en conflit avec les Etats-Unis, sont les vœux de la République islamique dans le meilleur des cas ; un certain recul devant les Etats-Unis en contrepartie des garanties de la part de ces derniers visant la survie et l’existence de la République islamique est ce que le gouvernement iranien compte obtenir dans le pire des cas. Cette politique a été déjà mise en application, mais elle se trouve confrontée à un grand obstacle, qui est l’union de plus en plus forte de la communauté internationale autour de la politique américaine, une union certes difficile, mais possible malgré tout. C’est le défi le plus important et le plus décisif à être relevé par les conservateurs extrémistes. Si la République islamique prend en otage la sécurité de la région pour obtenir une rançon, ses adversaires ont tendance à trouver la solution des problèmes de la région dans la maîtrise définitive des agissements du gouvernement iranien. […] 
Il n’y a pas de doute que la montée de la crise entre la République islamique et le monde aura des conséquences politiques, sociales, et militaires qui toucheront la vie de toutes les classes sociales et provoqueront de nouvelles divisions politiques.[…] 
Les couches démunies et travailleuses qui ne sont malheureusement pas conscientes de la gravité de la catastrophe qui s’est produite, n’ont bien sûr rien à gagner dans cette crise. Bien au contraire, ce sont eux qui vont en subir les conséquences, et qui seront amenés à s’opposer au principal responsable de cette crise qui n’est autre que la République islamique. Mais la classe moyenne, qui a une conscience politique plus développée, manifestera son mécontentement bien avant, et certains ont déjà critiqué le gouvernement pour avoir provoqué la crise actuelle et la menace d’un blocus économique ou même d’une guerre.[…] 
Ainsi, la crise nucléaire, quelle qu’en soit l’issue, menace le courant fondamentaliste, alors qu’une mauvaise réponse à la question nucléaire peut causer un véritable désastre pour notre pays et notre population. C’est pourquoi, les forces démocratiques qui ont le sens des responsabilités ne partent pas de l’analyse de l’impact de cette crise sur la structure du pouvoir pour apporter leur réponse à la question nucléaire, mais tiennent compte de l’intérêt de notre nation à long terme et de la nécessité de l’instauration de la démocratie dans notre pays, et mettent le doigt sur la responsabilité du gouvernement iranien dans l’émergence de cette crise.[…] Il suffit de jeter un coup d’œil sur la politique budgétaire de ce gouvernement et l’augmentation vertigineuse des crédits consacrés aux institutions religieuses, aux cérémonies superstitieuses, aux mosquées, de même que sur la très forte augmentation des budgets de l’armée, du Conseil des gardiens, des bureaux de censure, etc., pour se rendre compte que la prétendue « aide aux déshérités » est loin d’être une priorité pour le gouvernement. […] 
Le deuxième défi à être relevé par ce gouvernement concerne son conflit avec les capitalistes, qui souffrent de son autoritarisme et de ses ingérences dans les investissements, telle que la fixation des taux d’intérêts bancaires. Par ailleurs, ils sont mécontents d’une instabilité et d’une insécurité économiques qui leur causent de graves pertes financières. […] 
Enfin, il faut s’arrêter sur un défi plus général qui doit être relevé par ce courant extrémiste, et qui concerne sa politique culturelle. Les conservateurs extrémistes ont certes réussi à rassembler autour d’eux une partie de la population en brandissant le drapeau des tendances les plus fanatiques de la pensée chiite pour déclarer la guerre à toute tendance au modernisme. Mais il se trouve que notre société a manifesté son penchant pour le modernisme, une société dont la richesse culturelle tient à la diversité des peuples qui la composent, et dont les tendances modernistes dans ce début du vingt-unième siècle sont diamétralement opposées à la politique culturelle de ce courant fondamentaliste.[…] 
Ainsi, contrairement aux apparences, le gouvernement actuel n’est pas stable et se trouve confronté à de graves défis. Dans un avenir proche, notre pays sera sans doute la scène de mouvements de contestation, qui peuvent diverger par leur appartenance sociale, mais qui convergeront quant à leur tendance au modernisme et à leur exigence de démocratie. Rappelons aussi que ce mécontentement général coïncide avec l’opposition de l’opinion publique mondiale contre ce régime. […] 

Notre politique face à ce courant fondamentaliste 

Les circonstances favorables pour l’émergence d’un vaste mouvement de contestation sociale ne manquent pas. D’un autre côté, nombreux sont les courants politiques qui souhaitent l’émergence de mouvements sociaux. Il existe une large gamme de courants politiques, dont certains ont des tendances parfois opposées, mais qui ont en commun l’opposition contre ce gouvernement. Cette gamme concerne les forces de l’opposition iranienne, mais elle intéresse aussi une partie du régime actuel. C’est pourquoi, la formation inévitable de ces mouvements de contestation à l’échelle nationale ne signifie nullement qu’il n’y aura pas de divergences au sein de ces mouvements. Certains souhaiteront réformer la République islamique, d’autres chercheront une attaque frontale et la destitution d’un pouvoir basé sur le principe de « la prééminence du Guide suprême ». 
Tout en saluant le développement de ce vaste mouvement de contestation contre le gouvernement d’Ahmadinejad, et invitant tout le monde à résister contre ce courant fondamentaliste, nous insistons maintenant et toujours sur l’importance de l’orientation progressiste de ce mouvement et sur le rôle du Guide suprême dans la montée au pouvoir du courant fondamentaliste, sur les liens organiques du principe de la « prééminence religieuse » avec ce courant et le gouvernement qui en est issu. Nous considérons la résistance contre le gouvernement d’Ahmadinejead comme un tremplin pour attaquer la République islamique, dont le pilier est la souveraineté du guide religieux et la colonne vertébrale « la prééminence du Guide suprême ». […] 
Toutes les forces démocratiques qui sont opposés à la République islamique, et qui souhaitent une évolution démocratique fondamentale et pacifique pour notre pays, peuvent jouer un rôle décisif en s’appuyant sur les mouvements de revendication sociale des masses travailleuses et sur les exigences culturelle ou sociale des étudiants, des femmes, des enseignants, des artistes, des intellectuels et des minorités religieuses ou ethniques. Ils doivent en même temps profiter du soutien international sans précédent offert à notre peuple en vue de l’instauration de la démocratie. C’est avec une telle politique et grâce à leur union que les républicains démocrates et laïques pourront influer sur le cours des événements à venir, et lui garantir une orientation heureuse et progressiste. La poursuite de la demande d’un référendum pour modifier la Constitution de la République islamique peut diriger le combat contre cet Etat fanatique dans cette direction. 

Le bureau politique-exécutif de l’Organisation des Fadaïan du peuple d’Iran (Majoritaire) 
Juillet 2006 

بخش: 

افزودن نظر جدید